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Confiance 11 avril 2018

La vaste question Facebook/Cambridge Analytica : est-ce vraiment pour cela que nous nous sommes inscrits ?

Sally Shipman Wentworth
Par Sally Shipman WentworthVice President of Global Policy Development

Le témoignage de Mark Zuckerburg devant le Congrès américain aujourd’hui et le flot de nouvelles sur l’atteinte à la confidentialité sur Facebook, avec les révélations selon lesquelles la société a mal géré les données de millions de personnes, a fait naître en moi une question importante :

Est-ce vraiment pour cela que nous nous sommes inscrit ? 

Il est clair que nous ne contrôlons pas nos informations en ligne et que nous n’avons aucune idée de leur mode d’achat, de vente ou d’utilisation.

Pour certains d’entre nous, s’inscrire à un réseau social comme Facebook, c’était rester en contact avec notre familles et nos amis. Pour d’autres, c’était un moyen facile d’atteindre de nouveaux clients ou de rassembler une communauté derrière un projet social. Oui, beaucoup d’entre nous ont compris que nos informations étaient utilisées pour diffuser des publicités « pertinentes » : cela semble en effet assez standard dans le monde en ligne d’aujourd’hui. Mais ce n’est qu’une petite partie d’une image qui s’avère beaucoup plus importante.

Au cours des dernières semaines, nous avons découvert — encore une fois — que les informations sur nous-mêmes, nos amis et contacts étaient utilisées bien au-delà de ce que nous avions prévu. Nous avons été profilés, catalogués, politiquement manipulés et joués comme des pions dans le jeu d’échecs de quelqu’un d’autre. Je vous mettrais au défi de trouver quelqu’un qui dirait « oui, c’est pour cela que je me suis inscrit, j’en été conscient et je suis entièrement à l’aise avec la situation dans laquelle nous nous retrouvons aujourd’hui ».

Peu importe comment ou quand cela a commencé, cet écart entre ce à quoi nous nous attendons raisonnablement et ce qui se passe réellement avec nos renseignements personnels reflète une violation impardonnable de l’éthique.

Personne ne s’est inscrit pour ça.

Le sentiment d’indignation que beaucoup d’entre nous ressentons face à un abus de confiance aussi flagrant — par lequel Facebook a permis à un partenaire commercial d’utiliser les données personnelles des personnes sans leur permission explicite — n’a pas diminué.

Bien sûr, nous bénéficions des avantages de l’accès gratuit à des plateformes en ligne qui nous permettent de communiquer avec des amis et d’en rencontrer de nouveaux; partager nos histoires, nos recommandations; trouver des produits, des services et des passe-temps nouveaux et intéressants.

Oui, ceux-ci sont « gratuits », mais seulement en échange de données nous concernant, certaines informations nous permettent d’y accéder. Mais nos choix reposent sur une image partielle et trompeuse de ce à quoi nous souscrivons réellement, et une fausse impression du risque qui en résulte.

Nous ne partageons pas quelques messages personnels seulement avec nos amis proches et nos contacts. Nous déversons nos données dans un marché vaste et instable qui a une dynamique économique que nous ne pouvons pas contrôler — et une influence politique que nous commençons tout juste à comprendre.

Cela n’a aucun rapport avec la compréhension de la plupart des gens de ce qu’est une plate-forme de réseau social. Les accords que nous pensions faire ressemblent de plus en plus à des marchés faustiens.

Cet épisode actuel a déjà déclenché un processus d’enquête et de réponse de la part des gouvernements, des régulateurs et de ceux chargés de protéger les droits des citoyens. Pourtant, aussi grand soit-il, Facebook n’est qu’un élément de l’écosystème en ligne.

Mais au milieu du témoignage, des excuses, des critiques et des questions, il y a eu peu de discussions sur ce que nous devrions mettre en place pour remédier au problème et s’y retrouver.

Donc, pour quiconque qui recueille, utilise ou partage des informations sur nous, voici ce que nous demandons :

  1. Équité: Soyez juste avec nous. Respectez nos données, notre attention et notre «graphe social». Cela signifie mettre nos intérêts au-dessus des vôtres. Cela devrait être sans équivoque. Votre modèle d’entreprise, c’est nous. Cherchez honnêtement notre consentement et lorsque vous utilisez ou partagez nos informations, ne dépassez pas ce à quoi nous avons consenti. Si vous le faites, nous nous attendons à ce que nos législateurs vous tiennent responsable de manière significative.
  2. Transparence: Rendez vos termes de confidentialité plus faciles à comprendre, de sorte que notre consentement signifie quelque chose. Soyez franc et honnête au sujet de votre modèle de marché, de vos partenaires, de vos politiques et pratiques de confidentialité. Autorisez la vérification des mesures que vous avez prises pour protéger la confidentialité de nos données, puis informez- nous des conclusions de cette vérification et, si besoin, de ce que vous compter faire pour remédier à des manques.
  3. Choix: Donnez-nous des choix authentiques, en commençant par «désactivé par défaut». Laissez-nous l’accepter si nous le considérons bénéfique. Laissez-nous nous retirer quand nous changeons d’avis. Respectez notre droit d’arrêter d’utiliser vos produits et services. Supprimez nos données quand nous partons – et plus tôt si vous n’en avez plus besoin.
  4. Simplicité: vous concevez vos services pour un minimum de friction et une commodité maximale; appliquez les efforts pareils à la confidentialité. Ne vous attendez pas que nous allons gérer nos données, morceau par morceau, ou de tripoter des paramètres complexes: laissez nous exprimer nos préférences et nos intentions et ensuite respectez nos choix.
  5. Respect: Montrez votre respect pour nous et nos intérêts, en particulier pour notre vie privée et notre autonomie. Cela signifie que les politiques publiques doivent mettre la priorité sur notre confidentialité et non pas sur les intérêts des entreprises. Ne nous traitez pas comme une matière première ou comme le produit que vous vendez à vos clients. À partir de maintenant, nous ne serons plus ignorant concernant la confidentialité disant: «Bah, de toute façon je n’ai rien à cacher». Maintenant, on va faire mieux.

Pour pouvoir y arriver, nous devons tous nous lever et participer. Le jeu a changé, nous devons exiger de nouvelles règles.

 


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