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Développer l'infrastructure et les communautés techniques 24 juin 2020

Ancrer et établir l’écosystème Africain de l’Internet

Les leçons apprises au cours du développement des points d’échanges Internet du Kenya et du Nigéria

Par Michael Kende

Synthèse

En 2010, l’équipe de Internet Society en Afrique a défini un objectif ambitieux : Rendre 80 % du trafic Internet en Afrique accessible localement à l’horizon 2020.

Les points d’échange Internet (IXP) jouent un rôle clé pour atteindre cet objectif, car ils permettent l’échange de trafic et l’accès aux données à un niveau local. Afin de documenter ce travail, l’Internet Society a, en 2012, commandé une étude visant à identifier et quantifier les avantages significatifs de deux des principaux IXP africains de l’époque : KIXP au Kenya et IXPN au Nigéria. L’Internet Society a le plaisir de publier cette mise à jour de l’étude d’origine. Dans celle-ci, nous identifions les progrès significatifs accomplis par ces deux pays depuis 2012, et nous formulons des recommandations précises pour tous les pays intéressés par le renforcement de leur écosystème Internet, et de leurs communautés Internet.

Depuis 2012, le développement rapide de l’écosystème Internet, à la fois au Kenya et au Nigéria, souligne le rôle crucial joué par les IXP et les infrastructures qui s’y rattachent dans la création d’écosystèmes Internet robustes et durables.

Ce développement apporte une importante valeur ajoutée au quotidien, et l’actuelle crise du COVID-19 illustre parfaitement l’un de ces bénéfices : la hausse soudaine du trafic, due à une augmentation sans précédent du recours à Internet depuis le début de la distanciation sociale et des confinements, a ainsi pu être absorbée sans difficulté.

Figure 1. Les phases du développement de l’écosystème Internet

En 2012, environ 30 % du trafic du Kenya et du Nigéria était localisé. L’Internet Society désigne cette période comme la Phase 1 du développement de l’écosystème Internet, à la veille du passage à la Phase 2 (Figure 1). Ces pays disposaient tous deux d’une base solide pour le développement, notamment d’un IXP existant qui était bien géré, et dans lequel les parties prenantes locales avaient confiance. Ces deux pays disposaient de données statiques internationales grâce au Google Global Cache (GGC), mais pas d’autres données disponible localement. Cependant, ils bénéficiaient tous deux de la base de confiance et de collaboration nécessaire, ainsi que des infrastructures Internet adéquates pour se transformer en point d’échange régional (ou hub).

Aujourd’hui, ces deux pays ont atteint la Phase 2 du développement, avec près de 70 % du trafic localisé, et ils sont positionnés pour passer dans la Phase 3. Pour en arriver à ce point, il a fallu suivre un cheminement systématique de développement des relations entre les parties prenantes et des infrastructures. Les IXP se sont étendus à plusieurs sites et dans plusieurs villes, avec au moins un point de présence dans un centre de données neutre, tout en continuant d’assurer leur rôle de développement et le renforcement de la confiance et la collaboration entre leurs membres de ces IXP.

Chaque IXP a également abandonné les contraintes relatives au politiques de Peering obligatoires pour encourager l’adhésion de nouveaux membres et aussi de conclure des accords de Peering sélectifs. Par conséquence, tous les principaux fournisseurs de contenu internationaux ont mis en place au moins un nœud de distribution de périphérie dans le pays, mais aussi beaucoup d’autres ont également ajouté un point de présence (PoP). Les gouvernements respectifs ont eux aussi joué un rôle important, en développant les secteurs liés à Internet et en adoptant des politiques de protection des données, renforçant ainsi l’environnement de confiance, et en saluant l’arrivée de nouveaux hébergements de contenus locaux.

La croissance des IXP dans chaque pays a été exponentielle, de même que les réductions des coûts grâce à l’échange de trafic local plutôt qu’à l’utilisation de liens de transit international coûteux. Au Kenya, KIXP est passé d’un trafic de pointe de 1 Gigabit par seconde (Gbps) en 2012 à 19 Gbps en 2020, avec des réductions de coûts quadruplant à six millions $US par an. Au Nigéria, l’IXPN est passé du transport de seulement 300 mégabits par seconde (Mbps) à un trafic de pointe de 125 Gbps en 2020, et les réductions de coûts ont augmenté de 40 fois pour atteindre 40 millions $US par an.

Perspective de l’avenir

Pour passer à la Phase 3 du développement et atteindre l’objectif du programme d’ITE, qui veut que 80 % du trafic local en Afrique soit accessible localement, plusieurs actions recommandées seront nécessaires, et profiteront à la fois aux parties prenantes individuellement mais aussi à l’écosystème dans son ensemble.

  • Il faut faire mieux connaître à des parties très diverses les avantages de l’hébergement de contenus locaux et de Peering en local au travers d’un IXP. Cet objectif peut être atteint grâce à des actions ciblées de renforcement des capacités et d’échanges d’informations organisées par, ou avec la participation des IXP.
  • En particulier, les développeurs de contenus locaux qui hébergent actuellement leurs données à l’étranger devraient les héberger dans le pays afin de bénéficier d’une réduction de la latence, et ainsi augmenter le trafic local.
  • De plus, les petits fournisseurs d’accès à Internet (FAI) devraient se connecter à leurs IXP locaux afin d’effectuer le Peering plus largement avec les autres membres, et donc d’améliorer l’efficacité de leurs interconnexions.
  • L’agrégation de la demande pour la capacité de réseau
    « backbone » et l’hébergement local de contenus peuvent respectivement contribuer à la réduction des coûts pour les petits FAI et les développeurs de contenus locaux, ce qui peut les aider à se connecter à leurs IXP locaux.
  • L’infrastructure « backbone » nationale doit également s’étendre au-delà de la principale station d’atterrissement des câbles sous-marins et des principaux centres urbains, et toucher des centres de population moins importants, afin de réduire les coûts relatifs à l’échange de trafic local et à l’accès aux données et contenus locaux.
  • Enfin, un environnement de confiance et de collaboration est crucial pour parvenir au développement de l’infrastructure technologique. Toutes les parties prenantes doivent communiquer et collaborer en tant qu’égaux, en travaillant de concert pour atteindre les objectifs et les résultats définis ensemble.

L’Internet Society présente cet historique des progrès accomplis au Kenya et au Nigéria, ainsi que les actions recommandées (page 30), pour que cela puisse servir d’exemples pour le développement et le renforcement de l’écosystème Internet dans d’autres pays d’Afrique. Tous ensemble, à l’heure où les pays localisent de plus en plus leurs données, l’objectif de 80/20 défini par l’Internet Society et la Communauté Africaine de l’Internet, sera atteint.

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