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Qui sommes nous 11 octobre 2019

Tarek Kamel : Une perte pour la communauté Internet

Nermine El Saadany
By Nermine El SaadanyRegional Bureau Director, Middle East

C’était en effet une très triste nouvelle hier que d’apprendre que Tarek Kamel était décédé. Malgré sa souffrance et sa maladie, personne ne s’attendait à ce que la mort soit si proche. Pas plus tard que la semaine dernière, je discutais avec des amis communs de sa persistance à planifier sa participation à la prochaine réunion de l’ICANN à Montréal, avec la permission de ses médecins. Tarek Kamel était ainsi : toujours tourné vers l’avenir et un vrai combattant pour ce en quoi il croyait.

La mort de Tarek a touché non seulement sa famille et ses amis, mais un groupe plus large, surtout dans la communauté Internet. Permettez-moi de vous expliquer pourquoi.

Qui est-il en résumé ?

Tarek Kamel était titulaire d’un doctorat en génie électrique et technologie de l’information de l’université technique de Munich. De 1992 à 1999, il a été directeur du département égyptien des communications et du réseautage au Centre d’information et d’aide à la décision du Cabinet (IDSC/RITSEC). Au cours de cette période, il a établi la première connexion de l’Égypte à Internet, dirigé l’introduction de services Internet commerciaux en Égypte et cofondé l’Internet Society of Egypt (le chapitre égyptien).

M. Kamel a rejoint le ministère des Communications et des Technologies de l’information à sa création en octobre 1999, où il a été nommé conseiller principal du ministre. Il a ensuite été ministre des Communications et des Technologies de l’information de juillet 2004 à février 2011.

En plus d’avoir cofondé l’Internet Society of Egypt, M. Kamel a été membre du conseil d’administration de l’Internet Society et vice-président des chapitres de l’Internet Society de 1999 à 2002.

Il a été membre fondateur et membre du conseil d’administration d’AfriNIC. Il a présidé le Bureau exécutif du Conseil des ministres arabes des télécommunications et de l’information de 2004 à 2008 et la Conférence ministérielle sur les technologies de l’information et de la communication de l’Union africaine de 2006 à 2008. En reconnaissance de son leadership dans le secteur des TIC, le ministère sud-africain des Communications l’a nommé, en 2005, « Meilleur ministre en Afrique avec un portefeuille TIC ».

Aperçu de ses réalisations et de ses points de vue

J’ai eu le privilège de travailler en étroite collaboration avec Tarek Kamel lorsque j’ai rejoint le ministère égyptien des Communications et des Technologies de l’information (MCIT) en 2002, et je dis « étroite » parce que l’Égypte était sur le point d’accueillir l’ITU Telecom Africa en 2004. Pour Tarek, l’organisation d’un événement n’était pas une question de logistique et d’administration, bien que ces deux points soient importants. Accueillir un événement régional ou international pour Kamel était un voyage et une aventure intellectuelle stratégique. Par conséquent, il m’a demandé d’accomplir mes tâches directement depuis son bureau personnel au ministère. J’étais jeune, mais je savais que ce n’était pas rien. Méticuleux comme il était, gagner sa confiance était très important. Il voulait être au plus près possible de l’évolution du processus. Assis avec mon ordinateur portable à sa longue table de réunion, il était juste assez près pour pouvoir discuter avec moi entre son horaire chargé, ses appels et ses tâches quotidiennes. Nous étions partenaires : nous nous sommes rendus ensemble plusieurs fois à Genève pour négocier l’accord du pays hôte avec l’UIT et résoudre de nombreux problèmes. Pour lui, l’événement devait être un succès, quoi qu’il en coûte. Nous sommes montés dans sa voiture chaque semaine pour vérifier sur place les progrès de la construction du Cairo International Conference Center, afin de nous assurer que les plans avançaient à un bon rythme.

Être si proche de Tarek a fait de nous des amis. Je me souviens de ses histoires. Très jeune, il s’est rendu en Californie pour assister à l’une des réunions d’iNET (en 1993, je crois). Il avait la fin de la vingtaine ou le début de la trentaine à l’époque et il voulait en savoir plus sur la connectivité IP, le protocole Internet. Je me souviens à quel point il était fasciné de rencontrer des personnalités telles que Vint Cerf, George Sadowsky, Steve Crocker, et bien d’autres. Ce sont eux et cette rencontre qui lui ont permis de comprendre comment fonctionnait Internet et comment il pouvait transférer ces connaissances en Égypte. De là, il s’est attaché à la communauté grandissante de l’Internet Society, une organisation pour laquelle il avait beaucoup de respect.

C’était un visionnaire et il croyait qu’Internet devait rester libre, ouvert, sécurisé et pour tous. Il défendait ardemment le rôle de tous les groupes d’intervenants et il croyait qu’Internet devrait continuer d’être un domaine de coopération, d’inclusion et d’intégration plutôt qu’une compétition.

Son noble caractère personnel ne lui permettait pas de garder de telles croyances pour lui seul. Il a toujours été à l’écoute de ses régions, aimait l’Afrique et ses collègues africains, et avait de nombreux amis africains parmi la communauté technique.

Tarek a toujours été fier d’avoir été l’un des contributeurs initiaux aux premiers efforts du groupe africain d’experts d’Internet et à leur travail de collaboration, qui a fait progresser le développement d’Internet en Afrique et a donné lieu à de nombreuses initiatives et organisations comme AfriNIC, AfNOG et autres.

Il était aussi heureux qu’un enfant quand l’Égypte a décidé de prendre l’initiative de coordonner les besoins, les positions et les contributions de l’Afrique avant la première réunion inaugurale de l’IGF à Athènes. « L’Afrique sur la route d’Athènes » a été le point de départ d’un long processus de coordination africaine.

En 2009, l’Égypte a accueilli l’atelier africain iNET African pour préparer le groupe africain au IGF 2009 à Charm el Cheikh, en Égypte. Il avait l’habitude de dire que la tenue de cet atelier préparatoire avec le soutien de l’Internet Society était un atout pour le processus de coordination, grâce à l’expérience et l’histoire longues et biens connues de l’Internet Society dans la promotion et le développement d’Internet partout dans le monde.

Au niveau arabe, en tant que président de longue date du Bureau des ministres des TIC de la Ligue arabe, il a déployé tous les efforts possibles pour tenter d’expliquer comment Internet fonctionne et comment il ne devrait pas être réglementé. La gouvernance d’Internet doit être envisagée sous différents angles pour qu’il reste aussi innovant que possible et permette la créativité et l’esprit d’entreprise.

J’ai travaillé avec chacun des ministres des Communications et des Technologies de l’information après le départ de Tarek, environ huit d’entre eux. Avec tout le respect et l’appréciation que j’ai pour leurs efforts, Tarek était différent.

Alors qu’il était ministre, il convoquait régulièrement des réunions de cinq jeunes collègues au plus, dont moi-même, en qui il avait confiance et à qu’il avait tout appris sur la gouvernance d’Internet. Nous étions responsables de la mise en œuvre de sa stratégie et de sa vision sur différentes plateformes internationales et forums de l’ONU. Au cours de ces rencontres, nous avons échangé des idées sur la scène internationale et régionale. Il était très occupé à l’époque où la gouvernance d’Internet était un sujet d’actualité aux SMSI et plus tard au Forum sur la gouvernance de l’Internet. Il voulait suivre le rythme avec nous et à travers nous, et s’assurer que son équipe restait solide, efficace et sur la bonne voie, quels que soient les défis. Mes anciens collègues et moi regrettons ces réunions où, avec notre chef, nous établissions la stratégie. Il croyait tellement au besoin croissant de clusters régionaux et de FGI nationaux au cours de la période 2008-2010. Nous étions fortement engagés avec lui pour fonder le forum national égyptien de l’IG, mais la situation politique et le changement de gouvernement en 2011 ne lui ont pas permis de continuer.

Cependant, même après son départ du gouvernement, et bien qu’il ait été accompagné de la découverte de sa maladie, Tarek est demeuré dans les coulisses de plusieurs de nos réalisations pendant de nombreuses années. Grâce à ses encouragements, un lien diplomatique s’est maintenu avec le ministre pour assurer une transition en douceur, une meilleure compréhension du travail à accomplir et une équipe digne de confiance, bien formée et bien informée.

Je pourrais continuer à vanter les mérites de Tarek Kamel et les raisons pour lesquelles la communauté Internet a perdu un de ses pionniers et visionnaires. Que son âme repose en paix, et que sa famille et ses amis se voient accorder sérénité et patience.

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Disclaimer: Viewpoints expressed in this post are those of the author and may or may not reflect official Internet Society positions.

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