Spectre : la ressource naturelle qui rend la connectivité sans fil possible Thumbnail
Réduire la fracture numérique 5 février 2026

Spectre : la ressource naturelle qui rend la connectivité sans fil possible

Par Steve SongSenior Director, Infrastructure Mapping and Development

Le spectre est l’un des éléments les plus essentiels, mais aussi les moins visibles, de l’écosystème Internet. C’est la base qui permet à des milliards de personnes et d’appareils de se connecter sans fil, sur de vastes distances et dans des environnements très divers. 

À l’heure où la connectivité est devenue indispensable pour participer à la vie en société, comprendre ce qu’est le spectre et son importance est essentiel pour garantir un Internet ouvert, connecté à l’échelle mondiale et sécurisé pour tout le monde. Car, mal géré, il peut creuser encore davantage les inégalités, notamment la fracture numérique. 

Qu’est-ce que le spectre ? 

Quand on parle de « spectre », on fait généralement référence à l’ensemble des fréquences radio utilisées pour transmettre des signaux sans fil. Autrement dit, il s’agit des vibrations issues du rayonnement électromagnétique. On peut mieux le comprendre en le comparant à d’autres types de vibrations : quand on parle, les sons que l’on produit transmettent un message aux personnes qui nous écoutent. Quand on jette une pierre dans un lac, on voit des vagues se former à la surface de l’eau. Ces ondes peuvent transmettre une information si l’on est capable de contrôler la manière dont elles sont produites. 

C’est sur ce principe que repose la communication sans fil : en utilisant des équipements électroniques pour amplifier et diriger les vibrations électromagnétiques afin de transmettre des informations à un autre appareil (comme votre téléphone). La distance entre les crêtes des ondes radio que nous générons est appelée une fréquence, et les ensembles de fréquences sont appelés des bandes (pensez à la « bande passante » de votre connexion Internet). Ces fréquences, ou bandes, couvrent une large partie du spectre du rayonnement électromagnétique, comme le montre l’illustration ci-dessous.

A diagram showing how different spectrum frequencies can be used.

Nous nous concentrerons sur les bandes utilisées pour la communication, notamment le Wi-Fi, le Bluetooth, les réseaux mobiles, les liaisons satellitaires, la radiodiffusion et les services d’urgence.

Comment le spectre permet la communication sans fil

La communication sans fil est possible parce que les appareils peuvent coder des informations en ondes radio et les transmettre dans l’air. Chaque signal utilise une fréquence particulière – un « canal » – que d’autres appareils peuvent reconnaître et décoder. C’est le même principe que lorsque nous parlons : notre voix crée des ondes sonores qui transmettent un message. Les ondes sonores atteignent ensuite les oreilles d’une autre personne, puis sont décodées par son cerveau.

Chaque partie du spectre présente un comportement propre. Les ondes plus longues peuvent traverser des objets de grande taille, mais transportent moins d’informations. Les ondes plus courtes transportent davantage d’informations, mais traversent plus difficilement des obstacles tels que les murs, les arbres ou les collines. En résumé :

  • Les fréquences plus basses se propagent sur de plus longues distances et pénètrent plus facilement les obstacles, ce qui les rend idéales pour une couverture étendue.
  • Les fréquences intermédiaires offrent un équilibre entre portée et capacité, assurant à la fois la couverture et le débit.
  • Les fréquences plus élevées peuvent transmettre de grandes quantités de données très rapidement, mais seulement sur de courtes distances.
A graphic showing how different spectrum frequencies affect coverage and bandwidth

Un réseau sans fil combine ces caractéristiques pour offrir une connectivité fiable et de haute qualité. C’est cette interaction entre la physique, l’ingénierie et une gestion intelligente qui permet à un seul appareil de se connecter au monde entier en quelques millisecondes. Chaque fois que vous utilisez le GPS ou que vous vous connectez au Wi-Fi, le spectre est mis à contribution. 

Mais tout comme il devient difficile de distinguer les sons lorsque de nombreuses personnes parlent en même temps dans une pièce bondée, lorsque de nombreuses ondes à des fréquences proches circulent dans le même espace, elles deviennent plus difficiles à recevoir et à interpréter correctement. Ce phénomène s’appelle interférence radio.

A graphic displaying the dound waves from several people talking in a small space

C’est pourquoi la plupart des pays disposent d’organismes de réglementation des communications, dont la mission est de gérer cela afin d’éviter que les interférences radio ne perturbent les communications. Ces organismes de réglementation attribuent des licences pour certaines bandes de fréquences, réservées à l’usage exclusif d’opérateurs spécifiques qui investissent dans la construction et la maintenance des infrastructures réseau. D’autres bandes ne nécessitent pas de licence et sont ouvertes à tous ceux qui respectent des règles techniques de base. Ces bandes sans licence ont permis le développement du Wi-Fi et de nombreuses autres formes de communication. Le Wi-Fi, à son tour, a permis aux communautés du monde entier de gérer leur propre connectivité locale.

Pourquoi les politiques de gestion du spectre sont importantes

Le spectre est une ressource publique partagée et limitée. La manière dont les gouvernements et les organismes de réglementation le gèrent a des répercussions importantes sur la connectivité, l’innovation et l’inclusion numérique. Il existe une idée reçue selon laquelle le spectre serait en pénurie, mais ce n’est pas le cas. Le spectre offre amplement de capacité pour que chacun puisse l’utiliser. Mais l’innovation dans la gestion du spectre, en particulier dans sa répartition, est nécessaire pour garantir un accès abordable pour tout le monde.

Un exemple récent de la manière dont une politique réfléchie du spectre peut favoriser l’inclusion numérique vient du Canada. En janvier 2026, le gouvernement du Canada a annoncé une toute nouvelle initiative donnant la priorité aux peuples autochtones pour les fréquences inutilisées, qui devrait débuter en juin 2026. Cette politique offre aux communautés autochtones une année entière pour demander en priorité des licences dans les bandes disponibles, avant qu’elles ne soient ouvertes à tous. Elle reconnaît que le spectre inutilisé dans le cadre de licences nationales peut devenir un puissant levier pour favoriser une connectivité centrée sur les communautés. 

Cela montre qu’il est possible d’établir des cadres permettant à la fois aux grands et aux petits acteurs de partager le spectre, afin de garantir à davantage de communautés un accès à une connectivité de qualité et significative. Voici plusieurs moyens d’exploiter les changements de politique pour libérer du spectre sous-utilisé ou inutilisé, et ouvrir ainsi de nouvelles opportunités :

Attribuer plus de spectre au Wi-Fi

Le Wi-Fi est généralement la solution la plus abordable pour installer un petit réseau, en particulier dans une communauté non connectée. Cette partie du spectre peut être utilisée pour créer un réseau maillé communautaire avec des routeurs domestiques et des répéteurs standards, offrant un Internet abordable et de haute qualité même dans les zones les plus reculées. 

Le Wi-Fi est une utilisation du spectre sans licence, ce qui signifie que l’attribution de spectre pour cette technologie permet également de simplifier les démarches administratives liées aux licences, souvent un obstacle majeur au succès. 

Mettre en place des règles « Utiliser ou Partager »

C’est l’un des objectifs les plus difficiles à atteindre, mais c’est aussi le meilleur moyen de préparer votre spectre à répondre aux exigences de connectivité et de trafic du futur. Un bon exemple est celui qu’on appelle le spectre radioélectrique à large bande citoyenne, ou CBRS, aux États-Unis. Il combine les principes d’attribution exclusive de licences dans les zones où le spectre fait l’objet d’une forte demande avec l’utilisation sans licence dans les zones où il reste inutilisé. 

Les grands opérateurs ont tendance à construire des infrastructures dans les zones les plus densément peuplées, où ils peuvent obtenir le meilleur retour sur investissement, laissant souvent les zones rurales sans couverture. Les règles « Utiliser ou Partager » permettent de libérer le spectre que les grands opérateurs n’exploitent pas, afin qu’il soit accessible à d’autres fournisseurs d’accès.

Attribution de licences locales

Dans de nombreux pays, les politiques liées au spectre sont encore dominées par une ou deux grandes entreprises de télécommunications, qui peuvent se voir attribuer des fréquences à l’échelle nationale, même dans des régions où il n’est pas économiquement viable pour elles d’intervenir. 

Aujourd’hui, le marché offre tellement de possibilités de diversité que cette approche uniforme peut entraîner des zones non connectées, alors qu’il y a du spectre disponible, mais qui n’est tout simplement pas exploité. Les organismes de réglementation peuvent établir des politiques obligeant les fournisseurs à utiliser le spectre qui leur est attribué ou à le céder à un utilisateur potentiel qui saura l’exploiter.

Clause de non-responsabilité : Les points de vue exprimés dans cet article sont ceux de l’auteur et peuvent ou pas refléter la position officielle de l’Internet Society.

Articles associés

Cryptage 3 juillet 2020

L’Internet « fonctionne tout simplement » : La loi EARN IT constitue une menace en la matière notamment

Lorsque la loi EARN IT a été introduite en mars 2020, des technologues, des organisations de la société civile,...

L'avenir d'Internet 7 décembre 2018

Penser l’avenir : Orla Lynskey s’exprime sur les données à l’ère de la consolidation

L’année dernière, l’Internet Society a dévoilé le Rapport mondial sur l’Internet 2017 : les voies de notre avenir numérique. Ce...

Politiques Internet 18 octobre 2018

La fracture de l’Internet : les conséquences inattendues de la réglementation

Au début de l’année 2000, deux groupes antiracistes basés à Paris ont poursuivi Yahoo en justice, au motif que...